
Des traders et des analystes estiment que l’Union européenne rencontre des difficultés pour écouler son important surplus de blé, alors qu’une récolte record en Argentine intensifie la concurrence sur les marchés internationaux, en particulier sur le principal marché de l’UE, le Maroc. Par ailleurs, les agriculteurs européens se montrent réticents à vendre leurs récoltes à des prix jugés trop bas.
La récolte exceptionnelle en Argentine contribue à l’augmentation de l’offre mondiale, exerçant une pression accrue sur les fournisseurs d’Europe occidentale, dont les coûts sont plus élevés. Le cabinet de conseil Expana a ainsi revu à la baisse sa prévision d’exportations de blé tendre de l’UE pour la campagne 2025/26, la réduisant de 4 % à 28,8 millions de tonnes. Certains acteurs du marché estiment également que l’Union européenne aura du mal à exporter les 30 millions de tonnes de blé tendre qui étaient largement anticipées.
Donatas Jankauskas, analyste des céréales chez CM Navigator, souligne :
« Oui, c’est un véritable défi, d’autant plus que les offres de la mer Noire et de l’Argentine donnent le ton dans de nombreux appels d’offres. »
Les résultats des appels d’offres lancés cette semaine par l’Algérie et l’Arabie saoudite ont suscité des inquiétudes en Europe, les traders s’attendant à ce que les origines argentine et mer Noire, notamment le blé russe, remportent l’essentiel des ventes.
Les expéditions argentines vers le Maroc ont un impact particulier sur les perspectives européennes, l’UE étant fortement dépendante du marché marocain depuis que l’Algérie s’est tournée vers les approvisionnements en provenance de la mer Noire.
Un trader allemand a averti que le temps presse, alors que la récolte marocaine débute en mai, ce qui entraînera également un recul de la demande.
« Je ne suis pas optimiste quant aux exportations de blé d’Europe occidentale, compte tenu de la concurrence féroce sur les prix exercée par l’Argentine et la région de la mer Noire. Nous disposons en outre d’une fenêtre très courte pour vendre les nouvelles récoltes à notre principal client, le Maroc », a-t-il déclaré.
La France, premier producteur de blé de l’Union européenne, a partiellement compensé la concurrence extra-européenne en maintenant des expéditions soutenues au sein du marché intra-UE. Les opérateurs attendent désormais de voir si la France parviendra à accroître ses ventes vers l’Égypte, après avoir réduit l’écart de prix avec les origines de la mer Noire, dans un contexte de hausse des coûts de transport dans cette zone.
Les exportations sont par ailleurs compliquées par la réticence des agriculteurs européens à vendre à des prix proches de leurs plus bas niveaux des cinq dernières années, notamment en Allemagne et en Pologne.
Un autre trader a conclu :
« Les prix du blé d’Europe occidentale devront encore baisser si nous voulons conclure d’importantes ventes à l’export d’ici l’été. »
(source: Reuters)


