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Plan “Made in Europe” ajourné, l’automobile marocaine observe

Le report du plan européen constitue une opportunité tactique mais non un acquis stratégique pour l’automobile marocaine, appelée à renforcer sa résilience face aux évolutions de la politique industrielle européenne.

Le projet de plan de Bruxelles visant à favoriser la production industrielle « made in Europe », notamment dans l’automobile, connaît un nouveau contretemps. Attendu initialement fin décembre puis annoncé pour le 29 janvier, le texte a été de nouveau repoussé, a confirmé mardi le cabinet de Stéphane Séjourné, vice-président de la Commission européenne chargé de la prospérité et de la stratégie industrielle.

Au cœur de ce projet figure la notion de « préférence européenne », un mécanisme qui conditionnerait l’octroi de financements publics européens à l’utilisation de composants fabriqués en Europe. Une mesure particulièrement stratégique pour la filière automobile, engagée dans une transformation profonde de ses chaînes d’approvisionnement avec l’électrification des véhicules.

Une « accélération industrielle » sous haute tension

Ces dispositions doivent être intégrées dans un projet de loi européenne dit d’« accélération industrielle », qui vise à renforcer la souveraineté industrielle du continent face à la concurrence asiatique et nord américaine. Mais le sujet divise profondément les États membres.

Pour rappel, la France pousse activement ce dispositif, y voyant un levier essentiel pour sécuriser et soutenir sa filière des batteries pour véhicules électriques, très dépendante aujourd’hui d’approvisionnements extra-européens, notamment chinois. Paris plaide pour une réorientation des aides afin de consolider des chaînes de valeur locales, de l’extraction des matières premières à l’assemblage final des cellules et des véhicules.

À l’inverse, l’Allemagne et plusieurs pays du nord de l’Europe expriment leurs réticences. Berlin redoute qu’une telle obligation ne renchérisse les coûts d’approvisionnement de ses constructeurs, déjà confrontés à une pression concurrentielle intense et à de lourds investissements dans l’électrique et le logiciel. La crainte est également de voir se rigidifier des chaînes logistiques mondialisées qui ont fait, jusqu’ici, la force de l’industrie automobile européenne.

Un report pour préserver l’ambition du texte

D’après l’AFP et selon le cabinet de Stéphane Séjourné, ce nouveau report ne traduit pas un recul politique mais vise à « maintenir un très haut niveau d’ambition dans le cadre du travail interne » autour du texte. Le vice président de la Commission entend ainsi consolider les arbitrages au sein de l’exécutif européen et tenter de rapprocher les positions entre États membres.

«Le Vice-Président ne lâchera pas le mandat politique donné par les États membres lors du dernier Conseil compétitivité, ni les entreprises qui soutiennent massivement cette initiative», assure-t-on au sein de son cabinet.

De fait, nombre d’acteurs de l’automobile – constructeurs, équipementiers, producteurs de batteries et de matériaux – suivent le dossier de près. Pour eux, la mise en place d’une préférence européenne pourrait changer en profondeur les règles du jeu en matière d’investissements industriels, d’implantations de gigafactories et de choix technologiques.

Une date encore incertaine

À ce stade, aucun nouveau calendrier officiel n’a été communiqué. Un document interne de la Commission évoque toutefois une possible présentation du plan le 25 février, une date qui reste indicative et non confirmée.

Dans un contexte marqué par la montée des politiques industrielles offensives aux États-Unis (Inflation Reduction Act) et en Chine, le débat autour de la préférence européenne illustre les tiraillements persistants entre souveraineté industrielle et compétitivité coût au sein de l’Union. Pour l’industrie automobile européenne, déjà confrontée au ralentissement du marché, à la transition énergétique et à la concurrence des constructeurs chinois, l’issue de ce dossier pourrait peser lourd sur les stratégies industrielles à moyen et long terme. auto-infos

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