Nestlé: Eau minérale, pizzas et lait pour bébés, les scandales s’accumulent

Après l’eau minérale filtrée et les pizzas Buitoni, c’est au tour du lait maternisé de Nestlé d’être au cœur d’une polémique. La multinationale a dû rappeler des lots dans une soixantaine de pays, par crainte d’une contamination. Le nouveau directeur, qui a promis la transparence, joue gros.
Fait rare, le patron de Nestlé a présenté mercredi ses excuses. Dans une vidéo postée sur le site de la multinationale veveysane, Philipp Navratil s’adresse aux parents et regrette l' »inquiétude » causée par le rappel d’une rare ampleur de laits en poudre pour bébés qui concerne certains lots des marques BEBA et Alfamino.
En cause, la crainte de la présence d’une toxine, le céréulide, qui peut causer des vomissements et des diarrhées, particulièrement dangereux chez les nourrissons à cause du risque de déshydratation. A ce jour, aucun cas n’a toutefois été annoncé.
Une toxine difficile à éradiquer
Le problème a été découvert début décembre dans une usine aux Pays-Bas, où le rappel a commencé, avant d’être étendu début janvier, par mesure de précaution, à une soixantaine de pays, dont la Suisse. Ce qui apparaissait d’abord comme un problème isolé s’est donc révélé bien plus vaste.
Très petite, cette toxine est difficile à détecter et à éradiquer, car elle est impossible à filtrer et elle résiste à de très hautes températures.
Financièrement, la multinationale estime que l’impact sera limité. Elle assure que ces produits ne représentent pas plus de 0,5% de ses ventes. Mais certains analystes sont plus prudents parce que les clients peuvent se retenir d’acheter cette marque même après le traitement, ce qui est une aubaine pour les concurrents de Nestlé.
Un coût pour la réputation
Le coût est néanmoins plus réputationnel que financier. Ce scandale intervient après celui, très récent, des eaux minérales filtrées et celui, plus grave, des pizzas Buitoni, qui ont donné lieu à des contaminations et aux décès de deux enfants. Des affaires qui s’ajoutent à la polémique, elle aussi récente, sur la nourriture pour bébé, sucrée dans certains pays émergents, mais pas en Europe.
Est-ce qu’on a joué avec le feu? On a peut-être voulu éviter certains coûts qui étaient nécessaires en termes de compliance, de vérification, de qualité des produits
Vincent Kaufmann, directeur de la fondation Ethos
Cet enchaînement d’affaires n’est pas un hasard, estime Vincent Kaufmann, directeur général d’Ethos, une fondation spécialisée dans la gouvernance d’entreprises: « Il s’agit d’une nouvelle affaire, mais les causes doivent avoir des similarités avec les précédentes. Nous attendons donc des changements profonds dans la culture de Nestlé. »
Vincent Kaufmann émet des hypothèses sur ces causes: « Il y a eu beaucoup de pression, de réductions de coûts, d’optimisation des processus. Est-ce qu’on a joué avec le feu? On a peut-être voulu éviter certains coûts qui étaient nécessaires en termes de compliance, de vérification, de qualité des produits. La santé, c’est la clé, il faut faire très attention quand on fait ces mesures d’économie et qu’on supprime des emplois pour absolument répondre aux actionnaires qui voient la profitabilité à très court terme. »
Cette situation inquiète d’autant plus qu’un nouveau plan de restructuration a été annoncé en octobre dernier. Quelque 16’000 emplois doivent être supprimés en deux ans. Nestlé subit une forte pression des actionnaires, le cours de son action a perdu 25% en cinq ans et sa rentabilité est jugée trop faible.
Des doutes sur les promesses
C’est l’ancien directeur général Laurent Freixe qui avait pour mission de renforcer la rentabilité de la multinationale. Mais il a été licencié à la fin de l’été dernier après avoir dissimulé une relation avec une subordonnée. L’arrivée de Philipp Navratil pour le remplacer a été très bien vue par les analystes, qui espèrent la fin des scandales et un recentrage sur les marques principales de Nestlé.
« On s’était dit qu’avec le nouveau management, on verra un stop de cette série incroyable. Mais cette dernière affaire survient vraiment de manière inopportune, surtout dans le business extrêmement sensible de l’alimentation pour bébés », souligne Jean-Philippe Baertschy, analyste chez Vontobel.
Il rappelle que beaucoup de multinationales de l’alimentaire vivent ce genre de situation. Mais pour Nestlé, poursuit-il, le plus important est maintenant de se montrer extrêmement transparent pour regagner la confiance. A son arrivée, Philipp Navratil a d’ailleurs promis une plus grande transparence. Mais avec cette affaire qui a émergé en décembre avant de prendre d’immenses proportions un mois plus tard, des doutes apparaissent déjà sur ses promesses.
rtsinfo



