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Dites-vous 33 ?

Dites 33 ? Avez-vous déjà répondu à cette question lors d’une auscultation chez votre médecin ?

Ironie  du sort, ce nombre est cité ici non seulement  parce qu’il produit des sons graves lorsqu’on le prononce, selon les spécialistes, mais aussi parce que le gouvernement Akhannouch, formé le 7 octobre 2021, est le 33ᵉ gouvernement du Maroc depuis l’indépendance du pays en 1956.

Le compte à rebours pour l’échéance électorale de 2026 a déjà commencé. Et c’est le ministre, Nizar Baraka, qui a ouvert le bal  dans cette danse politique mystérieuse à trois (RNI, PI, PAM).

L’heure du bilan a sonné. Parmi les priorités du gouvernement Akhannouch figurent la relance économique post-pandémie, la réforme du système éducatif et l’amélioration des services de santé. Des initiatives ont été lancées pour encourager l’investissement, créer des emplois et renforcer la protection sociale.

Qu’en est-il  concrètement ?

Il convient de souligner que le bilan que nous allons établir n’inclut pas la protection sociale et la coupe du monde 2030  pour la simple raison qu’il s’agit de chantiers royaux.

Prévisions de croissance : Un optimisme excessif !

A commencer par le commencement. Les prévisions de croissance économique du Maroc pour les années 2022 à 2025, telles que présentées dans les différents Projets de Loi de Finances (PLF) affichent un optimisme  démesuré par rapport aux réalisations concrètes sur le terrain.

A noter que pour l’année en cours,   le HCP prévoit une croissance économique de 3,8%.

Chômage : Un pic historique !

Nouveau pic historique pour le chômage au Maroc. Depuis 2000, le niveau de chômage n’a jamais atteint les proportions enregistrées en 2024.  Les résultats du RGPH 2024 publiés par le HCP révèlent une hausse préoccupante du taux de chômage au Maroc, qui est passé de 16,2% en 2014 à 21,3%  en 2024. Le taux d’emploi a reculé de 39,7%  en 2021 à 37,7% en 2024, son plus bas depuis des années. Un faible taux d’emploi signifie que beaucoup de travailleurs sont dans le secteur informel, sans cotisations à la sécurité sociale. Ce qui veut dire moins de recettes pour financer les retraites, assurances maladie et allocations familiales. Soit plus de pression sur l’État qui doit compenser le manque à gagner, souvent en augmentant les impôts ou en réduisant certaines prestations. Ce qui accroît la dépendance de l’État aux subventions sociales.

Investissements privés : Retard  à combler

L’évolution des Investissements Directs Étrangers (IDE) au Maroc de 2021 à 2024 montre des baisses marquées. Les données provisoires pour 2024 indiquent un chiffre de 1,6 milliard  de dollars en baisse notable par rapport à leur niveau en 2021, soit 2,2 milliards  de dollars. En 2023, les IDE semblent être à leur plus bas niveau  (1,09 millions de dollars) depuis 2004.  Selon l’Office des changes, le flux net des investissements directs étrangers au Maroc dans le secteur des industries manufacturières ressort négatif, soit -4,2 milliards de DH en 2023. Cela signifie que les sorties de capitaux liées à des investissements industriels internationaux dépassent les entrées d’IDE dans le secteur industriel domestique. Malgré les annonces prometteuses  du gouvernement actuel d’inverser la proportion d’investissement privé et public, pour atteindre une quote-part de 2/3 pour le privé et 1/3 pour le public, il faut  dire qu’après plus de trois ans sur son investiture,  le tiers des investissements revendiqués par le privé n’a bougé d’un iota. D’ailleurs, l’objectif posé par le  Roi Mohammed VI, à l’occasion de son discours d’ouverture du Parlement d’automne, d’investir 550 milliards de dirhams  en capitaux privés sur quatre ans  (2022-2026) n’a pas été atteint. 

Corruption : 12 places perdues en 4 ans !

Transparency Maroc a présenté ce mois l’Indice de perception de la corruption en 2024. Le Maroc continue de s’enliser dans la corruption systémique, les déficits des droits humains et de la démocratie n’ont pas manqué aussi d’affecter la situation du Maroc, note un communiqué parvenu à la rédaction. En termes de classement, le Maroc est passé de la 87e place en 2021 à la 99e en 2024, perdant ainsi douze places en l’espace de  quatre ans.  La corruption ne fait que s’empirer  et rien de sérieux n’est fait pour la changer, surtout que la volonté politique effective fait défaut, note-t-on.

Dette intérieure : Augmentation préoccupante

La dette publique connaît une augmentation préoccupante ces dernières années. S’élevant à 771,2  milliards dirhams  (MMDH) à fin janvier 2025 contre 755 MMDH à fin décembre 2024, l’encours de la dette intérieure est en hausse de 2,1%. A fin décembre 2021, il était situé à 650 MMDH. L’encours de la dette extérieure totale du pays a grimpé  de 65,6  en 2021  à 69,2 milliards dollars en 2023. Le volume de la dette consolidée des administrations publiques est estimé, à fin 2023, à environ 964,7 MM.DH, contre 880,5 MM.DH à fin 2022, enregistrant une hausse d’environ 84,2 MM.DH, soit 9,6%. Globalement, la dette publique devrait s’accroître pour passer à 83,3% du PIB en 2025 au lieu de 82,5% en 2021, selon le HCP. 

Dégradation du bien-être économique

Sous le mandat du gouvernement en place,  l’inflation a atteint son plus haut historique jamais enregistré depuis les années 1980. En février 2023, l’inflation a poursuivi sa progression, atteignant 10,1 % en glissement annuel, avec une hausse de 20,1 % pour les produits alimentaires.

Les inégalités sociales se sont creusées.  Les couches les plus pauvres et celles  intermédiaires ont vu globalement leur niveau de vie  baissé  entre 2019 et 2022 de 4,6%  et de 4,3%, respectivement. Signe des temps : Le taux des familles urbaines qui vivent dans une habitation d’une ou deux pièces est passé de 35,7% en 2014 à 43,5% en 2024,  selon le HCP.

Bouclons la boucle,  les voyants sociaux sont à l’orange,  un signal  d ‘alerte qui résonne comme une malédiction  à laquelle le gouvernement Akhannouch  semble voué par le sort. Il ne s’agit pas de dire que rien n’a été fait, loin s’en faut ! Mais qu’il a perdu plus de points qu’il n’en n’a gagnés pour ne citer que sa politique  de communication au degré Zéro…

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