
Le ministre italien des Entreprises et du «made in Italy» Adolfo Urso a averti jeudi à Paris contre un risque de «désindustrialisation» de l’Europe, si aucun moyen n’est trouvé collectivement pour financer la décarbonation de l’industrie, en particulier celle de l’acier.
«Si notre modèle mène à une désindustrialisation de l’Europe et pas à une décarbonation, personne ne va nous suivre», a déclaré le ministre lors d’une conférence de presse à la suite d’un mini-sommet de ministres européens sur l’acier, qui a appelé Bruxelles à des mesures «rapides» et «fortes» pour soutenir la sidérurgie du Vieux Continent en grande difficulté face notamment à la concurrence chinoise.
Réunion de crise pour sauver l’acier européen
Le secteur sidérurgique européen est «au bord de la rupture», selon Paris, qui organise ce jeudi une réunion pour accélérer son sauvetage.48152
Plusieurs ministres européens de l’Industrie participent jeudi à Paris, sur place ou à distance, à une réunion de crise destinée à demander à Bruxelles «d’accélérer» son soutien à l’industrie européenne de l’acier, «proche du point de rupture» selon Paris. Avant même de prendre en compte les menaces de relèvement des droits de douane de Donald Trump sur l’acier et l’aluminium importés à partir du 12 mars, la situation de la filière industrielle de l’acier en Europe est «dramatique», souligne-t-on au ministère français de l’Industrie et de l’Énergie.
La sidérurgie est «proche du point de rupture aujourd’hui» en Europe, car elle souffre d’une baisse de la demande de ses clients, selon cette source. En cinq ans, la demande d’acier en Europe a baissé de 25%, du fait notamment de l’atonie du secteur automobile et de la «panne» de celui de la construction, ajoute ce ministère, qui se dit attaché à défendre la souveraineté du Vieux continent, l’acier étant à la base de nombreuses autres filières industrielles.
11’000 postes supprimés chez Thyssenkrupp
Sur les douze derniers mois, Bercy a recensé la fermeture de «cinq haut fourneaux de production d’acier primaire en Europe centrale». «Des baisses de cadence sont observées en Allemagne, en Roumanie, en Hongrie», ajoute-t-on. «La plus grande aciérie tchèque a été déclarée en faillite et, en Allemagne, Thyssenkrupp a annoncé la suppression de 11’000 postes».
L’annonce de la mise en place par les États-Unis de droits de douane de 25% sur l’acier et l’aluminium importés constitue «un choc supplémentaire», ajoute-t-on. D’autant que les sidérurgistes européens sont confrontés à d’autres problèmes: une surproduction mondiale d’acier alimentée par une concurrence «déloyale» venant de Chine et d’ailleurs en Asie, qui fait baisser les prix, la suppression progressive des quotas carbone gratuits, les investissements gigantesques nécessaires pour décarboner la production afin de réduire les émissions de CO2, et le coût élevé de l’énergie en Europe.
«Dialogue stratégique» à Bruxelles
Les ministres italien et espagnol seront présents à Paris, jeudi. L’Autriche, la Belgique, la Commission européenne, la Hongrie, le Luxembourg, les Pays-Bas, la Pologne, la Slovénie, la Slovaquie et la Suède participeront en visioconférence. L’enjeu de cette réunion est de préparer le «dialogue stratégique» sur l’acier qui va durer «six semaines» à Bruxelles, réunissant responsables politiques, industriels et acteurs de la filière, a indiqué le ministre français, Marc Ferracci, lors d’une visite, mercredi soir, dans les ateliers du sidérurgiste Riva, près de Paris.
Il souhaite aussi «rendre plus efficace» le mécanisme d’ajustement carbone aux frontières (MACF) actuellement en phase de test. «Ce mécanisme de taxation du carbone émis par l’acier importé «a besoin d’être amélioré sans quoi il permettra à trop d’acier produit de manière carbonée de rentrer en Europe», a jugé M. Ferracci. En Europe, la production d’acier emploie 300’000 personnes.
(afp/jw)